L’IA et l’épuisement des passionnés : Quand la productivité devient un piège
— By ttyrex
Dernièrement, j’ai (re) commencé à ressentir une sorte d’épuisement mental derrière mon écran (au travail mais pas que). Je me demandais comment c’était possible, moi qui avais mis tant d’énergie pour me remettre en selle (techniquement parlant). Manger du terminal Linux le matin, le midi et le soir me fait du bien… Quelle satisfaction de pondre du code qui roule à la perfection sur tous ces clusters k. Ceux qui me connaissent personnellement savent que je me suis temporairement éloigné des jobs de lutins barbus d’admin sys pour faire de la gestion d’équipe et de projet… L’enfer 🤣
Problème réglé. Baby, I’m back!
Toutefois, de temps en temps, la machine semble se gripper, forcée de ralentir malgré un plaisir d’accomplissement certain.
Mais m*rde alors. Que se passe-t-il … … … encore ?!
Alors, dans ma tête, ça tourne (et ça retourne). Est-ce que j’étais trop vieux ? Dépassé ? Manque de motiv ? Cramé par la vie ? Est-ce que c’était mieux avant ? (Bon, non je déconne sur ce dernier point. Jamais, au grand jamais je n’appartiendrais au club des vieux cons ! F*ck me ! A moins que…. Oups.)

Au fil de mes recherches, j’ai compris que la cause était plus subtile et plus sournoise.
Impossible donc d’incriminer ce coup-ci le “métro, boulot, dodo” (beurk), les enfants (haha) ou la crise existentielle (ishhh): Le problème est ailleurs.
J’ai aussi réalisé que beaucoup d’entre nous vivaient la même chose sans même s’en rendre compte (pendant que certains vivent de l’épuisement, d’autres peuvent tout simplement abandonner toute activité stimulante – Quiet quitting - Bon, vu l’état du monde actuel, je ne suis pas sûr que ce soit une erreur de strategie… mais bon ça, c’est un autre sujet!).
Bref.
Le coupable est donc finalement identifié. C’est surprenant, mais c’est exactement celle que je pensais être devenue ma nouvelle meilleure copine: La sur-productivité.
Tu ne vois toujours pas de qui je parle… ? Mais si, tu sais bien. Je parle du nouveau toi. Celui qui utilise Claude et ChatGPT à tour de bras pour torcher comme un pro à peu près tout. Voilà, on y est. Je te parle de ton super toi.
Si quelqu’un m’avait dit un jour que pouvoir tout comprendre et tout livrer à temps me ferait du mal, je ne l’aurais jamais cru… Je pensais même, naïvement, que ce serait la fin de tous mes problèmes. Ceci dit, en voyant autour de moi des ingénieurs brillants tomber comme des mouches les uns après les autres, j’aurais peut-être dû percuter plus tôt.
Le hackeur et la gestion du temps: Rien de neuf
L’excitation de longue durée (comme coder toute la nuit) fait disparaître la notion de temps, et ce n’est pas nouveau: on ne voit plus les heures passer et on oublie parfois même nos besoins de base. Combien de hackathons, de LAN parties ai-je vécus où le crowd oubliait tout simplement de se laver (oui toi, cher maître des algos et du code… tu pues, mon ami) ! C’est dit :)
D’ailleurs, heureusement que Defcon Radio est là pour nous le rappeler régulièrement avec ses petits interludes sur la méthode 3-2-1: “three hours of sleep, two meals, and one shower every day”…
Ce petit détail (mal)odorant me rappelle que j’avais installé mon premier Pomodoro pendant mes études… il y a 30 ans. Ouch. À l’époque des ISO gravées, des nuits passées à compiler un kernel “juste pour voir”, des forums obscurs et des canaux IRC où l’on attendait patiemment qu’un mentor apparaisse… Vers 20 ans, quand j’ai découvert Linux, j’ai signé un pacte silencieux : Mon PC allait devenir très très fun, mais adiosse les nuits tranquilles. À force de bricoler derrière mon ordi, le verdict est tombé : des courbatures au coude, au cou, un important FHP (évidemment) … et une bonne vingtaine de kilos en plus. Mais p*tain, quel kiff! (Merci Linus et tous les autres, à tout jamais).
Ça serait tellement pratique si c’était moins passionnant… Mais sans déconner: Quelle chance inouïe d’avoir gradué et démarré à travailler pile à l’avènement de Linux, *BSD, et tout le logiciel libre en général! Gros kiff. Bref.
En tout cas, aujourd’hui, il s’agit de quelque chose d’un peu différent. Un épuisement, oui — mais d’une autre nature.
En cherchant la source de cette fatigue, malgré une gestion du temps plutôt saine et des routines d’activité physique à peu près installées (on mûrit, parfois), je réalise que l’on se heurte désormais à une autre limite : celle, très concrète, de notre cerveau.
Non pas une limite de compétence.
Non pas une limite de discipline.
Mais une limite physiologique.
La capacité brute à absorber, trier, contextualiser et digérer ce flux permanent d’informations, de sollicitations et de décisions à prendre — et qui ne s’arrête jamais.
À force de vouloir tout comprendre, tout optimiser, tout anticiper… on finit par saturer bêtement.
Notre cerveau a une capacité d’absorption limitée
Quand nous n’avions pas ces outils et qu’il fallait prendre le temps de lire un article au complet (au lieu de se contenter de 42 résumés et 23 vidéos YouTube en accéléré), souvent des heures pour le trouver, éventuellement le traduire, puis en discuter sur IRC… La cadence était plus lente, mais surtout plus humaine (dans le sens “naturel” de la chose, bio, organic).
Aussi, nos mentors (terme aujourd’hui disparu, que j’invite les plus jeunes à comprendre avec un dictionnaire) n’étaient pas toujours disponibles. Malheureusement pour nous, Claude, lui, ne dort jamais. La sur-disponibilité et le savoir (presque) infini des plateformes d’IA empêchent ton cerveau de se mettre sur pause. Comme ton corps qui enchaîne les nuits blanches après plusieurs jours de rave. Ça pique, n’est-ce pas ? je n’ose pas imaginer un teknival infini.
Dans mon cas, les premiers symptômes se sont manifestés par de gros coups de fatigue. Et oui, je parle d’envie de dormir :) (et pas parce que je digérais un resto trop lourd du midi, le cul vissé sur mon siège ultra-ergonomique d’informaticien gâté). Je parle de coups de barre — venus de nulle part — assommants. Souvent juste après de grosses séances d’activité cérébrale importante.
Il me semble (mais je peux me tromper) que ce phénomène touche particulièrement les personnes passionnées — j’inclus là-dedans tous ceux qui font ce qu’ils aiment, les curieux, les obsessionnels, etc. Tu sais, celles qui aiment apprendre, créer, se dépasser. Ce sont elles les premières à tomber dans ce piège de la productivité extrême, poussées par l’envie de tout faire, tout comprendre et tout livrer. Tu te reconnais ? Alors prends garde à toi (et respire un bon coup).
Après de multiples recherches, j’ai trouvé un gar nommé Steve Yegge, qui, dans son article “The AI Vampire”, décrit très bien cette dynamique : l’IA peut nous rendre 10× plus productifs, mais sans limites, elle peut aussi nous drainer comme un vampire. Après de nombreuses publications et projets autour de l’IA utilisée pour la génération de code (vibes ou agents), il fait le bilan et se rend compte qu’il se brûle de l’intérieur.
Son conseil est simple. Ralentir, instaurer des pauses, limiter le temps de travail intense (tu sais ces sessions de boulot où tu es à fond fond parceque c’est cool) … et redonner à son cerveau le temps de respirer. Aussi, j’aime beaucoup cette phrase: “I don’t think there’s a damn thing we can do to stop the train. But we can certainly control the culture, since the culture is us”. Certes, il parle du monde de l’entreprise (c’est un Américain… what else?), mais on peut facilement le transposer à notre vie perso de hobbyiste passionné.
** FAITES DES F_CKING PAUSES ! C’EST TU PLUS CLAIR MON T_B_A_RN_K ?**
Vous pouvez aller jeter un oeil (tous ses articles valent le détour), mais en gros, il explique les deux scénarios qui se répètent très régulièrement :
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Scénario A : tu travailles ~8 h par jour en mode super pouvoir — ton entreprise capte presque toute la valeur, et toi tu es fatigué et surchargé.
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Scénario B : tu travailles moins — tu captures un peu plus de la valeur pour toi, mais l’entreprise perd en compétitivité…
Il faut donc trouver un équilibre, sinon on finit épuisé et|ou l’entreprise en difficulté. Pour ceux qui veulent approfondir, voici le lien vers l’article original qui m’a fait allumer: The AI Vampire – Steve Yegge.
L’IA est un super-pouvoir, mais visiblement même les super-héros ont besoin de repos (et éventuellement de laver leur slip rouge). Dans un monde où ton agent IA continue à coder pendant que tu dors, et où les ressources de calcul semblent infinies, ta seule limite pour laisser ton cerveau se reposer sera celle que tu t’imposes. Et si tu ne le fais pas toi-même, il est fort probable que ce soit la fatigue qui s’en charge à ta place… Ce qui n’est jamais très agréable, car brutal et inattendu.
Bref. Je nous souhaite encore de longues nuits de code, et dans ce monde où tout va trop vite (même si visiblement pas assez pour le capital!), j’ose espérer, garder nos passions et nos têtes intactes. La route est longue, et elle en vaut la peine.
Dans un prochain épisode de Vis ma vie avec l’IA, on pourrait discuter de comment ces entreprises de Gen AI nous inondent pour prendre le contrôle de l’être humain par saturation cognitive, de la planète qui brûle pour alimenter des centres de données qui génèrent du code de mauvaise qualité (voire inutile), ou des GAFAMs qui sucent des gouvernements autoritaires pour encore plus de pognon… Mais ce soir, je préfère aller me coucher en paix.
Peace. No pasarán.
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